Ramadan: retrouver la tradition de la solidarité


Posté le 25 juillet 2014
A Sada, l’association Narivane (donnons) distribue des paniers alimentaires pour les plus démunis pendant le ramadan. Une belle initiative solidaire qui trouve son origine autant dans la religion que dans la tradition mahoraise.

Dès six heures, ils sont nombreux à se presser devant les locaux de l’association Narivane à Sada. Les uns après les autres, ils s’inscrivent sur la liste pour bénéficier des paniers alimentaires distribués tous les samedis pendant la période du ramadan. Dans ces colis, on trouve une bouteille d’huile, un kilo de farine et de sucre, un litre de lait, un paquet de vermicelle, une boite de légumes en conserve et deux kilos de riz. «Une famille de cinq personnes peut tenir pendant deux jours si elle n’a rien d’autre», explique Moustoifa Hamada, le président de l’association Narivane.

C’est la troisième année que la structure se lance dans une opération de ce type pendant le ramadan. En plus de la centaine de personnes qui viennent retirer les paniers, une quarantaine d’autres, souvent des personnes âgées qui ne peuvent se déplacer, sont livrées chez elles.

«On a beaucoup de critiques. Les gens disent qu’on ne donne qu’aux clandestins mais près de la moitié de ceux qui viennent sont des Mahorais. Et puis ces personnes ne restent pas à attendre pendant des heures, sous le regard de passants, si elles n’en ont pas vraiment besoin», plaide Moustoifa

Alors pour l’association, pas question d’écouter les grincheux qui bloqueraient toute initiative. Car au-delà de l’origine des uns et des autres, comment rester insensible face à ces enfants -nombreux- qui vont à l’école l’estomac vide ou ces bacocos qui n’osent rien demander malgré leur grand dénuement ?

Aider son prochain

Moustoifa Hamada lors de la distribution des paniers alimentaires à Sada, ce samedi 5 juillet 2014

Pour Moustoifa, la question ne se pose pas. En cette période de ramadan, il rappelle que la sadaka, aider son prochain, est un des cinq piliers de l’islam.

«Plus tu donnes, plus tu es récompensé. Et s’occuper des pauvres, ça a toujours existé dans la tradition de Mayotte. Avant, quand tu revenais avec un régime de banane de la campagne, tu donnais. Maintenant, la vie a changé, l’individualisme s’impose partout. Tu fais tes courses au supermarché et tu n’achètes que ce dont tu as besoin.»

Les particuliers participent relativement peu au budget de l’association, la vie est chère pour tout le monde et Moustoifa veut croire aussi que chacun continue de donner autour de lui, parmi ses proches où ses connaissances. Ce sont très majoritairement des entreprises qui rendent possible cette opération, un geste d’autant plus citoyen qu’elles souhaitent rester discrètes. Un mécénat sans contrepartie publicitaire, l’engagement est plutôt rare de nos jours.

«Moi, j’ai beaucoup reçu dans ma vie, de la société, de la France. On nous fournissait même les stylos à l’école. J’ai fait des études, j’ai eu la chance de réussir et d’avoir une bonne situation, je trouve normal de donner en retour.»

Pour lui, ne réussir que pour soi-même, ça n’a pas de sens :

«On réussit pour les autres, pour sa femme, pour ses enfants, pour la société qui t’a portée.»

Et de la même façon qu’il a été épaulé dans sa jeunesse, Moustoifa se dit qu’aider ces familles, c’est peut-être permettre à un jeune

«de devenir un grand chercheur ou quelqu’un d’important, en tout cas d’avancer dans la vie».

L’opération se déroule sur six week-ends et pour l’Aïd el-Fitr, ces familles bénéficieront de trois à cinq kilos de riz supplémentaires et d’un poulet vivant. Pour que la fête qui marque la fin du ramadan soit vraiment partagée.

RR
Source : Le Journal de Mayotte